Ces hommes qui construisent le web – Aujourd’hui, le temps des spécialistes (2/3)

12 octobre 2007 Social Media

Suite du billet d’hier

2. AUJOURD’HUI, LE TEMPS DES SPECIALISTES

  • 2.1 Le retour de l’outsourcing
  • Aujourd’hui, les annonceurs ne peuvent plus intégrer tous les profils spécialisés et l’expérience des cellules Web internes est souvent un échec : manque de créativité, manque de réactivité, maîtrise aléatoire des coûts engagés. De fait, c’est le renouveau de l’outsourcing.

    Parallèlement, le modèle intégré et l’équilibre des pôles de compétence deviennent la clé de voûtes des agences web. La bonne communication entre les pôles et la connaissance des contraintes liées à chaque métier permettent la réalisation de projets pertinents. Les agences, pour être à la hauteur de la demande des annonceurs, mettent en place des structures composées de profils de plus en plus pointus mais néanmoins intégrés : cette double évolution intégration / spécialisation est aujourd’hui garante de la pertinence des projets web, véritables dispositifs marketing intégrant toujours plus de nouveautés graphiques et technologiques.

  • 2.2 Les nouveaux métiers du modèle intégré
  • La mise en place de dispositifs interactifs repose sur trois compétences principales, strictement distinctes mais intimement liées. Avec l’évolution du média, chacun des trois principaux pôles d’expertises (conseil, création et technologie) développe des sous-compétences spécifiques, créant chaque fois de nouveaux métiers.

    Gestion de projet et conseil : du chef d’orchestre pragmatique au marketing personnalisé
    La méthodologie est éprouvée, l’approche industrielle. Le processus de création d’un dispositif web peut être contrôlé à chaque étape. Véritable chef d’orchestre, le chef de projet est à la croisée des chemins des différentes compétences, transversal à l’ensemble du projet. Il doit pouvoir dialoguer avec des techniciens, des créatifs, intégrer l’approche marketing définie préalablement, tout en gardant un œil vigilant sur son planning de réalisation et la consommation de ses ressources.

    L’approche marketing, révolutionnée par ce média Internet, a donné naissance à des profils experts dans la relation client. Elle impose la présence dans l’organigramme des agences des consultants experts en matière de communication interactive, de modèles économiques online, d’architecture technique et de technologies interactives.
    Si les profils marketing « classiques » sont majoritaires, il apparaît que les besoins des annonceurs exigent souvent de la part des consultants des compétences plus spécifiques, soient relatives à un domaine d’activité, soit fonction du degré de technicité des projets. De fait, les consultants, qui peuvent mettre à contribution leurs expériences passées au service du web, viennent souvent d’univers différents, contribuant à la richesse de l’expertise conseil. Initialement issus du Marketing relationnel et du marketing direct classiques, les profils marketing sont ainsi complétés par des profils plus « littéraires » (adaptés aux projets à fort contenu éditorial), ou « techniques », dont la connaissance pointue des contraintes facilite la mise en place de projets plus complexes d’un point de vue technologique.
    La dimension juridique du média impose elle aussi ces experts, garant de la légalité des dispositifs et du respect de la réglementation.
    La médiatisation des dispositifs interactifs étant devenue indispensable, des cellules conseil spécialisées s’appuient sur de nouveaux profils : trafic manager, search engine manager, média planner, spécialiste du buzz marketing, du web analytic… ; les termes sont tellement nouveaux qu’ils diffèrent d’une agence à l’autre, pour des fonctions similaires.

    Le design : polyvalence et compositing
    Les designers web sont des profils uniques dans les métiers de la création, maîtrisant parfaitement les outils de créations mais aussi les contraintes techniques liées à l’ingénierie, et enfin les approches et objectifs marketing de leur création. Ils travaillent sur un média vivant, en perpétuelle mutation et leur création n’est dans l’absolu jamais achevée.
    Aujourd’hui, les outils existants permettent aux créatifs de s’affranchir de nombreuses contraintes et d’exprimer pleinement leurs idées (Illustration, 3D, vidéo, etc.). Mais au delà des aspects purement opérationnels, ce qui apparaît avant tout, ce sont des traits de caractères : la curiosité, nécessaire pour capter les tendances du média ; la capacité à apprendre et à intégrer de nouveaux outils, de nouvelles pratiques de travail ; la réactivité (avantage et inconvénient du média, ce qui en fait sa force). Bref le discours de certains créatifs ayant fait le tour de leur métier dans d’autres profession est inexistant dans le domaine de l’interactif et pour cause…
    Parce que le métier de créatif évolue avec les outils, de nouveaux profils apparaissent : ergonome, animateur flash spécialisé dans le scripting, sound designer, infographiste 3D, spécialiste du motion design interactif, autant de spécialisations qui permettent de répondre au mieux aux besoins des annonceurs en exploitant l’ensemble des possibilités créatives offertes par le média.

    L’ingénierie, communautaire et créative. Les technologies Open Source sont majoritaires dans les développements web, et les communautés qui alimentent naturellement les bases de connaissance sont devenues indispensables.
    Tout comme les outils de design, les technologies web sont en perpétuelles évolutions impliquant pour les développeurs une veille permanente.
    L’image courante de l’ingénieur cartésien et pragmatique devient caduque ; au contraire, l’utilisation des différents langages de programmation web oblige les ingénieurs à faire preuve de créativité dans leur approche : ainsi, le métier de développeur consiste à harmoniser les technologies utilisées, le design (technique) des applications et les objectifs fonctionnels imposés par les choix marketing.
    Parce que les technologies utilisées varient d’un client à l’autre, les agences privilégient également la spécialisation des profils au sein des pôles de technologie. Un développeur pourra ainsi être spécialiste en php, asp, etc.

    Si les agences développent toutes plus ou moins l’intégration de ces trois compétences, elles restent toutefois dans la logique de leur genèse, conservant une spécialisation originelle en conseil, création ou technologie.
    Seules les agences créées après l’éclatement de la bulle internet semblent en mesure de mettre en place un modèle intégré équilibré, où les compétences de conseil, création et technologie ont une place équivalente.

  • 2.3 Formation et carrières : une rationalisation en marche
  • Aujourd’hui les filières professionnelles existent ; même si elles sont encore rares, elles ont le mérite de fournir un socle commun de connaissances et d’orienter les étudiants dans le choix de leur future E-profession.
    Parallèlement le processus d’évolution et de valorisation des compétences en interne au sein des agences est aujourd’hui mature. Le parcours des différents profils est gradué en étapes bien définies, du poste de junior à celui de confirmé pour aboutir au statut de senior. La promotion est accordée à partir de critères rationnels. Ainsi les salariés, au delà d’une expérience forgée sur le terrain, disposent de formations dispensées en interne, extrêmement riches et pointues, apportant des réponses pragmatiques et directes aux problématiques du métier.

    Si les organismes de formation continue proposent déjà des formations permettant aux salariés des agences de se spécialiser, l’intervention des professionnels du Web au sein des cursus de formation (université et écoles) reste à développer. Consciente de cette nécessité, la délégation interactive de l’AACC (Association des Agences Conseil en Communication) a lancé en 2007 une enquête sur le cursus des employés des agences web. L’objectif à terme : identifier les formations qui débouchent sur le web, et favoriser l’intervention des professionnels du métier au sein de ces structures de formation.

    Parce que le marché se tend et que les ressources se font plus rares (donc plus chères), ce processus de rationalisation des métiers du web est d’autant plus impérieux : les agences ont besoin de ressources pointues. Pour cela, les formations doivent continuer à se spécialiser. Parallèlement, les agences doivent intégrer que les employés du web ne sont plus des bricoleurs : titulaires de véritables diplômes et forts de compétences bien définies, ils exercent aujourd’hui de « vrais » métiers. A ce titre, ils attendent des départements Ressources Humaines une véritable implication : grilles salariales, formation continue et gestion de carrière, autant d’éléments qu’il faut aujourd’hui adapter à ces nouveaux métiers du web. Alors à quand une spécialisation « gestion des ressources web » ?

Lundi, suite et fin.


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