J’ai rencontré la French Tech à Futurapolis

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Depuis un moment, je me pose quelques questions sur la French Tech : qui sont ces personnes qui représentent notre corps de métier, le numérique ? Comment s’organisent-ils, de quels moyens disposent-ils et quels sont leurs objectifs ? Ce mois-ci, j’ai assisté à une table ronde sur le sujet (avec du beau monde) pendant le festival Futurapolis et j’ai posé quelques questions à Edouard Forzy, co-président de la Mélée Numérique et porteur du projet Métropole French Tech à Toulouse. Un week-end riche en enseignements qui vaut son compte-rendu.

La French Tech: définition

Le programme French Tech est une initiative du gouvernement qui a pour ambition de faire de la France un « vaste accélérateur de start-ups numériques », selon le site officiel de lafrenchtech.com. Sur le papier, cet engagement se traduit en 3 axes : la labellisation de métropoles French Tech, un programme de financement de start-ups et une mise en avant des fleurons français à l’international. Malgré ces bonnes intentions, la French Tech reste souvent associée à un coup de com’ ou une opération marketing. J’ai voulu en savoir plus et je suis donc aller à la rencontre de ses acteurs.

« La French Tech tient la forme » une conférence de haut vol à Futurapolis

Le premier évènement était une conférence organisée à l’occasion de Futurapolis, un festival organisé à Toulouse par le journal Le Point et la région de Toulouse. Personnellement j’adore ce festival, on y parle d’innovation et de nouvelles technologies et les intervenants sont chaque année de grande qualité. L’année dernière, j’avais assisté à des conférences avec des prix Nobel de physique et de mathématiques le matin et avec des entrepreneurs comme Marc Rougier et Tariq Krim l’après-midi. Cette année, c’est la conférence « La French Tech tient la forme » qui a retenu mon attention. Encore une fois, le plateau était excellent et parfaitement complémentaire.

L’objectif de cette table ronde de trois heures étant d’aborder tous les sujets concernant la French Tech et son environnement, les intervenants allaient des entrepreneurs aux CEOs en passant par des représentants des pépites de l’entrepreneuriat français, du gouvernement et de l’éducation. On avait ainsi en face de nous David Monteau, Directeur du programme French Tech, Mercedes Erra, fondatrice de BETC – une des plus grandes agences de publicité au monde – Tariq Krim, fondateur de Netvibes et Jolicloud et dépositaire d’un rapport à l’ex-ministre déléguée à l’économie numérique Fleur Pellerin ou encore Ludovic le Moan, fondateur de Sigfox, une start-up qui a récemment fait l’actualité pour avoir nommé à sa tête une ex-CEO du CAC 40 Anne Lauvergeon (Areva). Il y avait également Jean-Louis Constanza, chef de l’innovation à Critéo qui est un des fleurons de cette nouvelle vague française ainsi que des représentants de start-ups du marché des objets connectés dans lequel la France fait partie du top mondial : Alain Molinié, fondateur d’Awox et Romain Paoli, chef de produit chez Netatmo. Aux côtés de ces deux start-ups primées au CES 2014, on retrouvait des représentants de l’éducation avec Jacques Igalens et Alain Ayaches, respectivement directeurs de Toulouse Business School et l’ENSEEIGH.

Bref, une belle conférence en perspective et un thème aussi vaste qu’intéressant. Pendant trois heures, les intervenants ont analysé les points forts et points faibles de l’écosystème numérique français avec comme fil rouge la question suivante : pourquoi n’existe-t-il pas de Google français ? Si la France dispose de belles entreprises sur la scène internationale, force est de constater que peu d’entre elles sont récentes. Il suffit de jeter un œil au CAC 40 pour se rendre compte de la difficulté de la France à renouveler ses fleurons. Sur les 40 entreprises qui le composent, 7 ont été créées depuis les années 70 alors que près de la moitié l’a été au 19ème siècle. Aux Etats-Unis, les Apple et Google viennent renouveler l’économie et deviennent des relais de croissance incroyables pour le pays, pourquoi ce n’est pas le cas en France ?

Points forts, points faibles : état des lieux des start-ups françaises

Ne nous y trompons pas, la France dispose de sérieux arguments pour créer des leaders mondiaux du numérique. D’après les intervenants, le premier d’entre eux est la volonté d’entreprendre des français qui se traduit par la création de nombreuses start-ups. Nous disposons également d’ingénieurs extrêmement qualifiés, parmi les meilleurs du monde. La 3ème place de la France au classement Reuters publié en 2013 en atteste, la France est un pays d’innovation.

Si les intervenants s’accordent pour dire que les entrepreneurs français ne manquent pas de talent, ils regrettent un manque d’ambition pour créer un Google ou un Apple à la française. D’après eux, Deezer et Dailymotion en sont les exemples types. Il y a quelques années, ces acteurs proposaient une approche disruptive de leur secteur, les médias. Dès lors, elles avaient les cartes en main pour imposer les nouvelles règles de ce marché en restructuration et en devenir les leaders. Pourtant aujourd’hui, Dailymotion peine à s’imposer face à Youtube et Deezer déploie tout juste son plan d’expansion à l’international. En comparaison, quatre ans après sa création Facebook était présent sur cinq continents et leader dans plus d’une cinquantaine de pays.

Pendant les trois heures qui ont suivi, les intervenants ont continué à échanger leurs points de vue sur l’écosystème digital français. On a parlé des problèmes d’attractivité de Paris qui peine à attirer des ingénieurs qualifiés. Apparemment, ils préféreraient les plages californiennes à notre mauvais anglais. On a également évoqué l’impact du numérique sur l’économie, de la Google Car qui va révolutionner l’automobile à la Big Data qui va façonner une nouvelle éducation.

Où sont les grandes entreprises ?

Comme souvent dans les conversations avec des entrepreneurs, le point qui a le plus cristallisé les débats a été le financement des start-ups. D’après les intervenants, le tissu de Venture-Capitalists ou de Business Angels est pourtant suffisant. Ce qu’il manque, à l’instar des Etats-Unis, c’est le soutien de grandes entreprises qui investissent massivement dans les start-ups afin de chercher des relais de croissance et des sources d’innovation. Quand on voit Google acquérir en 2005 une petite start-up de 22 mois nommée Androïd et la transformer en un leader des télécoms, c’est vrai qu’il y a de quoi être admiratif.

En France, le levier entre le CAC 40 et les start-ups peine à être activé. A ce titre, le récent exemple de l’ex-présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, qui a pris la tête de la start-up toulousaine Sigfox est un exemple qui a été salué par l’assemblée. Le témoignage de Ludovic Le Moan le fondateur de Sigfox était quant à lui passionnant. Il expliquait à quel point ce levier pouvait être essentiel pour une start-up. En quelques semaines, il a vu son entreprise changer de dimension et se faire ouvrir les portes d’un réseau qui lui aurait été inaccessible sans sa nouvelle PDG. Un modèle de collaboration pionnier en son genre et qui, tous l’espèrent, en appellera d’autres.

Quelles solutions pour faire grandir la French Tech ?

Les start-ups sont un moteur d’innovation et elles ont besoin d’être soutenues pour grandir et devenir des « championnes mondiales du numérique » pour reprendre les termes du programme French Tech. Pour créer cette dynamique, les acteurs ont proposé plusieurs solutions qui pourraient être mises en place par le programme French Tech. Une des idées avancées est la création d’un Small Business Act qui obligerait les entreprises du CAC 40 à investir un pourcentage de leur chiffre d’affaires dans les start-ups. L’autre point soulevé est la mise en avant de l’entrepreneuriat et des réussites françaises, la création d’un réseau fort de start-ups et d’investisseurs sur un territoire mobilisé et soudé pour dynamiser nos start-ups.

En fait, ce dernier point est déjà en train d’être déployé au travers des Métropoles French Tech. La Métropole French Tech, c’est une ville dont tous les acteurs se mobilisent pour ses start-ups et son écosystème numérique. La labellisation des villes françaises est une mesure qui a débuté en janvier 2014 et qui connait un engouement phénoménal auprès des acteurs du numérique. Depuis six mois, toutes les grandes métropoles de France se sont mobilisées pour déposer leur dossier. Lyon, Nantes, Montpellier, Grenoble, Lille, Aix-Marseille, Toulouse : tous veulent accéder au label French Tech.

A suivre : vivez les candidatures aux Métropoles French Tech de l’intérieur

Que ce soit au niveau du financement, de l’accompagnement ou de l’éducation, il existe de nombreuses pistes à développer pour voir éclore en France un écosystème digital fertile capable d’imposer des leaders mondiaux. Les initiatives comme la French Tech sont en train de donner de nouvelles perspectives au numérique français comme en atteste l’effervescence qui a suivi les premières candidatures aux Métropoles French Tech.

J’ai voulu me rapprocher de ces personnes qui se mobilisent pour leur ville. Etant à Toulouse, j’ai contacté le porteur du projet de la French Tech Toulousaine, Edouard Forzy. Co-directeur de La Mêlée Numérique à Toulouse il fait partie de l’équipe qui déposera la candidature de Toulouse au ministère pour l’obtention du label. Pour lire ses réponses, je vous donne rendez-vous dans la deuxième partie de ce dossier consacré à la French Tech.

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