Instagram: la fausse émotion, un vrai business !

Posté le 25 avril 2012 dans Facebook | Mobile | Social Media , par Mathilde Prigent - 7 Commentaire
instagram
La queue au supermarché, un steak tartare, une copine moche, un coucher de soleil à Saint Tropez… Il n’a pas de mauvais sujet à photographier avec Instagram. Des couleurs fadasses, des contours flous, une lumière vintage et hop, le tour est joué. Il n’en faut pas plus pour que le premier venu se prenne pour Peter Lindbergh. Flatter l’égo des masses, y’a que ça de vrai pour faire du business ! Retour sur une succes story à 1 milliard de dollars (quand même).
Kevin Systrom a beau naître avec un tel prénom, il devient rapidement un garçon très intelligent. Passionné par les réseaux sociaux et la photographie (tiens donc !) il sort diplômé de l’université de Stanford en 2006. Il y rencontre un autre garçon brillant, Mike Krieger, avec qui il aime cogiter : « On aime la photo et on a envie de la partager ? Et si on créait une application iPhone ? » Bingo, c’est la naissance d’Instagram.
Retravailler ses photos et les partager : sur le papier, l’idée est plutôt sympa : artistique et altruiste. Sauf que franchement, Instagram c’est le partage de la médiocrité, une ode à la platitude.
Plus qu’un obsessionnel de la technique, l’utilisateur d’Instagram est un esthète de bas étage, un petit oiseau fragile (un pigeon ?) à la recherche de l’émotion artistique. Les filtres rétros donnent aux photos un faux côté vintage, un air nauséabond de c’était-mieux-avant. Qu’on soit nostalgique par les temps qui courent, ok, je le comprends. Mais doit-on pour autant se réfugier dans la facilité et le conformisme ?

De fausses éraflures, des ambiances jaunies, des contrastes forts… L’application tente de nous faire revenir au style de photos que proposent les modèles argentiques : des clichés profonds et travaillés qui racontent de vraies histoires. Seulement, avec Instagram, cette profondeur est stigmatisée, calquée sur le premier sujet qui passe. On connait la fin de l’histoire avant même qu’elle n’ait commencée, on est dans le faux. Entre ce genre d’appli lyophilisée et le triomphe des reflex numériques, qui prêtent au premier Dupont Lajoie qui passe une âme de photographe, les Capa, Cartier Bresson et autres Doisneau doivent se retourner dans leur tombe…

Instagram n’est donc pas de la photographie, encore moins de l’art. Coller une ambiance vintage sur la première petite cuillère qui traine parce qu’on se fait chier à la terrasse d’un café, cela n’a rien d’artistique, c’est trop facile. A la rigueur, ça occupe, ça fait marrer et ça aide à chopper sur Meetic. Alors ok, amusez-vous avec Instagram, mais par pitié, ne comptez pas sur cette appli pour faire de vous un vrai photographe. Une vraie photo n’a pas besoin d’un filtre bidon pour s’exprimer. « Hudson » ou « X-pro-II » ne parviendront pas à faire parler votre petite cuillère. Si vous aimez vraiment la photo, apprenez-la. Cadrage, lumière, exposition… Vous n’aurez plus besoin d’une application bobo surfaite.
Ceux qui pensent qu’Instagram représente au contraire une porte d’entrée vers le monde de la photographie me trouveront sans doute  dans l’exagération, voire un poil réac. Tant pis. Je reconnais pourtant certaines qualités à l’application de l’année 2011. Ok, Instagram véhicule des valeurs de partage. C’est vrai, son interface est simple et intuitive. Qui plus est, elle est gratuite. Cela explique sans doute son succès, ses 30 millions d’utilisateurs inscrits en seulement 18 mois, son milliard de photos publiées et ses 575 « j’aime » par seconde.

Mais d’autres raisons expliquent également l’engouement général pour Instagram.
Déjà, la passion du vintage dans tous les domaines : la mode, le cinéma, la musique et j’en passe.  L’explosion numérique a favorisé  le tout en image et la quantité prime sur la qualité. Aujourd’hui, la technique nous permet de retranscrire avec précision une réalité qu’on a pourtant envie de fuir. La crise, la guerre et la récession économique, ça ne fait pas rêver grand monde. La liberté d’expression, les boules à facettes et les seins à l’air font en revanche, encore fantasmer. On garde un souvenir ému des années 70 où tout semblait encore possible. Pour y replonger, un Taxi Driver est selon moi plus efficace qu’un filtre à la guimauve, mais après tout, chacun son truc.

Ensuite, on ne peut pas passer à côté du succès des réseaux sociaux. On partage ses photos sur Instagram comme on partage une info sur Twitter, un article sur Facebook. Je partage donc je suis, c’est un peu le claim de cette décennie.
Pas étonnant donc que la petite appli qui monte se soit laissée approcher par le gros réseau qui explose : Facebook. Il faut dire qu’entre Facebook et les images, c’est une histoire d’amour. Une histoire encore plus intense depuis le mode Journal, qui met l’image en valeur, en pole position même. Or, vous le savez, quand on aime, on ne compte pas. Instagram a donc reçu une proposition de rachat d’1 milliard de dollars, soit 765 millions d’euros. Pour une boîte qui n’est pas encore rentable, avouez que c’est une belle preuve d’amour…
Aaaaah l’amour ! La passion de la photographie… comme c’est beau ! J’ai toujours été naïve, un peu fleur bleue, mais là on ne m’aura pas. 765 millions d’euros c’est plutôt le prix à payer pour nous connaître davantage, pour nous posséder un peu plus. Juste avant d’exploser en bourse, avouez que c’est bien joué.
Mark, fais-moi un enfant. On l’instagramera et on vivra très heureux.

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7 commentaires
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  1. Sympa l’article ! Moi aussi je veux être aimé comme sa !

  2. Robin

    Très bon article, assez d’accord avec cette critique un peu acerbe. Je n’ai jamais succombé au charme de cette appli, j’ai testé bien sur, c’est sympa, mais ça ne justifie pas pour moi son succès et surtout ce rachat monumental.
    Et ça serait pas PAM « vu de dos » ? ;)

  3. cataras

    Oui sauf qu’il n’est pas plus question de photographie artistique avec Instagram qu’avec un Polaroïd. Ce que les gens ont plébiscité c’est surtout le fait de voir ce que leurs amis voient à un instant T. On ne montre plus ses albums photo au coin du feu, mais on les partage sur Instagram…

  4. clem

    PAM http://www.payetaraie.com :) )

  5. ERNEST

    Non,

    un artiste peut utiliser un polaroïd pour servir son art, comme instagram.

    En art, tout les outils sont valables…

  6. Truc

    Des noirs, des blancs, des tigrés… à poils courts ou à poils longs : les chats et le net, c’est une longue histoire. Impossible de passer à côté tant la divinité féline se partage, se tweete, se like et j’en passe. Vous en avez ras le bol et moi aussi, mais je vais vous demander un dernier effort parce que là, c’est pour la bonne cause.

  7. poildecul

    la non pertinence parfois se résume à tirer sur une ambulance

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