Concepteur rédacteur digital : éloge du changement

Posté le 29 février 2012 dans Social Media , par Mathilde Prigent - 4 Commentaire
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Lunettes carrés, baskets tendances et chemise à carreaux, il soigne son look autant que son vocabulaire. On ne présente plus le concepteur rédacteur, cet énergumène publicitaire qui joue sans complexe avec la langue française.Il a connu la gloire dans les années 80, en a bien profité dans les années 90 et s’est finalement métamorphosé dans les années 2000. Aujourd’hui, fini les paperbords et les brainstos canapé, le dandy des mots s’est digitalisé. Du slogan ringard au tweet qui fait mouche, il n’y a qu’un pas… de géant.

Il a été difficile à convaincre, le bougre. Quand les agences de pub traditionnelles ont pris le virage web, le rédac a bien failli finir dans le décor. Changement de rythme, de support et de ton, ça faisait beaucoup à la fois. Avec toute la grâce qu’on lui connaît, le dinosaure de la publicité made in 80’s, Monsieur Séguela, affirmait en 2009 : « Internet est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventé les hommes. »

Avec tout le respect que je te dois Jacques, (on se tutoie aussi dans le web), si en 2012 on n’a jamais twitté on a quand même de grandes chances de rater sa carrière dans la com. Les concepteurs rédacteurs de mon espèce l’ont bien compris et n’ont pas reculé au moment du grand saut.

Agence pub / agence web : décryptage d’une rencontre du troisième type.

Habitué au confort platonique du couple qu’il forme avec son Directeur Artistique, (pardon, son « AD ») le rédac pub qui pousse la porte d’une agence web doit, premier « traumatisme », se convertir à la polygamie. Quand une création n’est confiée qu’à deux personnes en agence traditionnelle, elle requiert les compétences de toute une équipe dans une agence web. Directeurs artistiques, développeurs, intégrateurs, techniciens… c’est une fourmilière 2.0 qui s’active pour développer un  concept digital. Avec Internet, la marque ne s’exprime plus qu’à travers une image, elle multiplie ses registres d’expression, ses cibles et ses messages. Heureux le concepteur rédacteur qui œuvre pour cette marque et qui profite de cette fantastique diversification.

Car il était temps. On le sait, dans la publicité rien ne s’invente, tout se transforme, voire tout se pompe. Les idées évidemment, (Joelapompe le bien nommé en a même fait un site : joelapompe.net), mais pas seulement. « Et si… » « Ensemble… », « Pour demain…» des formules que même le moins inspiré des concepteurs rédacteurs n’ose plus employer, tant elles ont été entendues. Et là, tadaaaam ! Le web vient sauver la plume de notre créatif : sur le digital, on change (enfin) de ton.

Non pas parce qu’on change de cible, on ne devient pas obligatoirement fan de Star Wars en allumant un ordinateur, mais parce qu’on ne lit pas sur le web comme on lit sur le papier. Une étude de Nielsen révèle même que la lecture à l’écran cathodique serait 25 % plus lente que celle sur papier. Le web nous rendrait-il abruti ? Non. Au contraire, il nous rend plus intelligent et ce parce qu’il nous rend fainéant. Oui Madame, on s’informe sur Internet comme ailleurs, mais plus vite et en faisant moins d’effort.

Malin, l’internaute ! Oui, mais à malin…malin et demi : le rédac a su s’adapter. Si l’on pense que sa mission dans le web se résume à produire des contenus à la pelle, on a tout faux : Error 404.

Dans la publicité, le concepteur rédacteur peut toujours compter sur une voix off ou sur une body copy pour appuyer, clarifier ou approfondir son idée.

Dans le web, il doit agir en one shot. L’internaute est plus volage que le lecteur et ne reste en moyenne que 3/10ème de seconde sur une page. Autant dire que les mots sont soigneusement choisis pour capter l’attention et faciliter la lecture. Il faut écrire court. Mais qu’on se le dise, écrire court ne veut pas dire écrire mal. Il faut même un peu de talent pour penser un titre qui donnera envie à l’internaute impatient de s’attarder sur un contenu. Ce petit bijou de 60 caractères maximum est même un élément clef de la stratégie de communication digitale. Non seulement il doit donner envie, mais il doit également permettre un bon référencement dans les signets, les historiques et les moteurs de recherche. Une contrainte de plus pour le concepteur rédacteur ? Sans doute, mais il n’y a pas de challenge sans contrainte.

Le digital a donc repensé toute la profession et les agences spécialisées se sont multipliées ces dernières années. On a vu fleurir de plus en plus de « pure players » comme on les appelle, ces petites agences hyper spécialisées qui se sont construites sur leur capacité à comprendre les usages web en y intégrant ceux de la publicité traditionnelle. Des gens qui ont tout compris quoi… Parce que  Le web, c’est un peu comme le jean slim : on a eu du mal à s’y mettre mais au final, c’est un « must have », un « must do » si vous préférez.

Le concepteur rédacteur, ce curieux professionnel, touche-à-tout avant-gardiste, n’a pas résisté à cette digitalisation dévorante. Il a bien fait, car Internet lui ouvre les portes d’une autre dimension rédactionnelle et l’invite à se renouveler sans cesse pour séduire une cible plus mobile, toujours plus connectée. Ne lui reste plus qu’à troquer sa chemise The Kooples contre un tee-shirt de geek, acheté sur le net… évidemment.

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4 commentaires
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  1. Robin

    Un bel article ! J’aime beaucoup le ton et la valorisation des savoirs nécessaires au web.

  2. Elise

    Tout à fait d’accord avec Robin ! Excellent article au profit du concepteur rédacteur digital avec une pointe d’humour très appréciée :)

  3. Magnifination

    Bel article effectivement. On étudie l’univers du digital et même ce qu’est la communication alors qu’on utilise un langage primitif, truffé d’erreurs et bourré de signes, souvent par flemmardise intellectuelle. Celui-ci nous reconcilie avec les mots. Comme nous tentons de le faire aussi dans notre blog.

  4. Mathieu

    Merci pour ce bel article, tout à fait OK sur la digitalisation du metier, qui appelle à de nouveaux profils dans le metier..

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