Stade Français et communication online

Posté le 11 juin 2007 dans Social Media , par Jean-Sébastien - 0 Commentaire

Le Stade Français n’a pas seulement gagné la finale de rugby, il a aussi gagné sa communication online.

1/ Un nouveau public.

La révolution culturelle de la communication par Internet en matière de rugby rapproche le lecteur de l’âge des joueurs sur la pelouse.. Ce lectorat a rajeuni de trente ans en 10 ans. La moyenne d’âge en tribune (qui avoisinait 50 ans en 1990) se rapproche aujourd’hui de 30, et sur le Web de 20 !

La demande en terme de communication émane donc d’un lectorat nouveau : les jeunes. Ils veulent peu de textes (jamais plus de 10 mots par ligne) beaucoup d’images, des vidéos, des bandes son et des échanges entre eux. De la mobilité visuelle et de l’interactivité.

Dans le même temps, les Clubs phares fêtent leurs centenaires à qui mieux mieux. Il y a là un conflit générationnel. D’un côté le nouveau public, et de l’autre une tradition de communication pyramidale, plus hiérarchique et ‘convenue’, sacramentelle.

Les sites Web de clubs de rugby vont évoluer dans la direction de leur public neuf. L’institutionnel ne lui convient pas. Sa priorité de lecture et d’échanges n’est pas dans la grande messe aux yeux baissés. Un site vitrine n’est pas plus fréquenté là qu’ailleurs.

2/ Les priorités d’intérêt exprimées par les lecteurs.

Ils sont donc plus jeunes qu’autrefois ; mais ils veulent quoi ? A ce sujet, une expérience a été conduite auprès des Bonobo d’une part et du grand public que nous sommes il y a une dizaine d’année. La question que se posaient les chercheurs était : qu’échangent les singes grâce à la parole ? Qu’on-t-ils gagné à se parler ? Même question pour les hommes.

Ce que les singes ont gagné : savoir ce qui se passe au-delà du regard des plus malins. Ainsi d’une nourriture repérée par l’un d’entre eux qui rapporte l’information à un « préféré ». De la sorte, même de loin, tel dominant pouvait initier des stratégies influentielles.

Quant aux hommes, ce qu’ils ont gagné est – dans un premier temps – du même tonneau : on me rapporte une information ; je la propage ; je la tors ; je la commente ; je prends du pouvoir

La très grande surprise pour les observateurs vint du contenu des palabres humains. Des micros avaient été disposés dans des restaurants et des bars proches d’entreprises. Ils enregistraient à la pause.. Et de quoi croyez vous que nous devisions? De vues symboliques? De ‘concepts’ ? Non : nous échangeons des ragots !

L’essentiel de nos échanges porte sur des banalités.

Le menu de la cantine, l’embouteillage du matin, la nouvelle couleur de cheveu d’une telle. Très peu d’extrapolation au-delà du fait quotidien. C’est à partir de la rumeur anodine que nous allons plus loin que l’observation immédiatement perceptible sur notre territoire. Le « on dit » minuscule élargit notre connaissance et nous permet d’agir à distance. Si je sais un détail de vous, je peux agir sur vous !

L’Hoax infinitésimal.

L’homme n’est « un roseau pensant » qu’à temps partiel. Il a besoin d’actualités millimétrique pour entrer en communication avec ses semblables. Comme les Bonobo, il papote d’un arbre à banane ou de la trahison d’une femelle dans un fourré. Nous sommes les rois de l’Hoax infinitésimal.

Les sites de clubs de rugby n’échappent pas à la priorité absolue donnée par ses lecteurs à l’actualité en poussière de micro événements. Du seul fait qu’il se soit passé quelque chose d’immédiat, l’information prend le pas sur l’institutionnel. Sur le lyrique, le synthétique, l’allégorique. Dans un rapport proche du fameux 80/20.

Forum !!

Ce « papotage » autour de brèves aura besoin d’un forum, d’un d’un flux RSS pour maintient en éveil, comme de liens permanents avec les dépêches d’agences – AFP par exemple. Ou par alliance avec Rugbyrama.. Le public réclame de l’immédiat, du croustillant, à flux constant…

Il ne s’agit pas de confondre un « droit de commenter » des informations ou articles publiés par le site emblématique du Club. La communication demandée par le nouveau public est associative et triangulaire. Certes les inscrits souhaitent pouvoir y rebondir et commenter des billets, mais surtout ils entendent faire du bruit entre eux… Leur attente est de créer une communauté.

Ce bruit de fond nous rappelle Konrad Lorenz.

On se souvient de cet éthologiste autrichien qui avait fait éclore dans son lit une couvée d’oie sauvages. Le le voyant comme premier interlocuteur de leur vie, elles s’étaient « imprimées » à lui comme à leur mère.. Dans leur sommeil ils lançaient des « Vi ! Vi ! Vi ! » d’inquiétude ; ce à quoi, Konrad répondait ce qu’il avait entendue faire des oies mères « Gam ! Gam ! Gam ! » Tout le monde se rendormait rasséréné…

Les échanges sur un site de rugby sont des « Gam ! Gam ! Gam ! » qui répondent à des « Vi ! Vi ! Vi ! »…

A ce titre, nous sommes « imprimés » au singe ! Ne pas en tenir compte serait passer à côté de notre lectorat !

Jean-Sébastien Loygue

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